Jazz à Orléans · Scène locale
Juin 2026 · Jazz à Orléans
La météo n'a pas tout à fait joué le jeu. Peu importe. Du 25 au 28 juin, le Grand PianO Festival a prouvé une fois de plus qu'Orléans est capable d'accueillir des artistes de premier plan et de les offrir à un public qui sait les recevoir.
Quatre concerts. Quatre univers. Un seul fil conducteur : le piano, dans toutes ses façons de dire le jazz.
Le dimanche après-midi avait quelque chose de rare. Sam Kuslan, pianiste américain installé dans la tradition de La Nouvelle-Orléans, partageait la scène avec des musiciens locaux — l'Orleans Jazz Band avec Victor Gourgeaud à la basse, Bertrand Hurault à la batterie, David Sevestre au sax ténor et Sacha Gillard aux clarinettes— pour un set ancré dans les standards, le dixieland, les influences cajun. La photo de famille prise après le concert dit l'essentiel : cinq musiciens debout sous les arbres, détendus, souriants. Sacha avec le maillot des New Orleans Pelicans. C'était ça, l'esprit de l'après-midi !
Ce genre de moment — un pianiste américain, des musiciens orléanais, une scène en plein air — c'est exactement ce que le festival rend possible. Et ce que l'agenda de Jazz à Orléans permet de ne pas manquer.
Le vendredi on avait déjà entendu Sam Kuslan en solo, dont le style n'est pas sans rappeler un certain Jamie Cullum.


Paul Lay est de ceux qui jouent comme s'il n'y avait pas de lendemain. Sur la scène du Grand PianO, penché sur son Yamaha, il a livré un set intense, personnel, où l'on sent à chaque phrase que rien n'est écrit à l'avance — que tout se décide dans l'instant. On se souviendra sûremment de sa longue improvisation sur la musique de Gershwin.
La photographie de Clodelle, prise en plongée depuis le côté de scène, dit quelque chose d'essentiel de ce pianiste : la concentration absolue, les deux mains sur les touches, les yeux fermés ou presque. Le public d'Orléans, lui, avait les yeux grands ouverts.

Le samedi soir, c'est Avishai Cohen qui a pris place au campo santo. Sa quatrième venue à Orléans depuis 2009 — et chaque fois, la même évidence : le contrebassiste israélien porte une musique qui traverse les frontières du jazz sans jamais le trahir.
Avec son nouveau trio, Itay Simhovich au piano et Eviatar Slivnik à la batterie, il a offert un set où la précision technique et l'émotion brute coexistent sans se gêner. La photo de scène, prise face au logo Grand PianO illuminé dans la fumée des projecteurs, donne une idée de l'intensité du moment : trois musiciens dans leur bulle, un public dehors, une nuit d'été orléanaise.

Le dimanche soir, Yaron Herman a conclu le festival place de Loire. Pianiste autodidacte devenu l'une des figures les plus singulières du jazz européen, il a ouvert avec You Don't Know What Love Is — et le choix du morceau disait tout : lui, il sait ce que c'est. L'amour du piano, celui qui vous tombe dessus un jour et ne vous lâche plus.
Ce qui suit est difficile à décrire. Yaron Herman tire du piano des sonorités qui n'appartiennent qu'à lui — quelque chose entre le jazz, la musique contemporaine et une liberté d'improvisation qui désarçonne au premier abord et captive ensuite. Il joue comme si les frontières de genre n'avaient jamais existé. Pas par provocation — par nature.
Le Grand PianO s’est refermé sur lui-même, en plein air, face à la Loire. Il y a pire comme manière de conclure un festival. Les résonances de ce piano continueront longtemps de nous accompagner.

Le Grand PianO Festival n'est pas un événement qui tombe du ciel. Il est le résultat d'un travail de programmation exigeant, porté par des gens qui aiment le jazz et croient qu'Orléans mérite de grandes soirées. Ce week-end de fin juin en est la preuve.
Jazz à Orléans a suivi et annoncé ces concerts. C'est aussi pour ça qu'on existe : pour que rien de ce qui se passe sur la scène jazz orléanaise ne se passe dans l'ombre.
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